Guides Sectoriels9 min de lecture2 mai 2026

DPGF : comprendre, lire et comparer une Décomposition de Prix Global et Forfaitaire

DPGF : comprendre, lire et comparer une Décomposition de Prix Global et Forfaitaire

Vous lancez une consultation pour un lot plomberie. Trois entreprises répondent. Les montants globaux vont de 87 000 € à 143 000 €. Impossible de savoir, en regardant la dernière ligne, si l'écart vient d'un périmètre différent, d'un oubli, ou d'un prix unitaire gonflé. C'est exactement pour ça que la DPGF existe.

La Décomposition de Prix Global et Forfaitaire est le document qui transforme un montant forfaitaire opaque en une grille lisible, poste par poste. En marchés publics, elle est quasi systématique. En marchés privés, elle devrait l'être. Sans DPGF, vous comparez des enveloppes. Avec elle, vous comparez des prestations.

Ce guide explique ce qu'est une DPGF, comment elle s'organise, comment la lire ligne par ligne, et comment comparer plusieurs DPGF entre elles pour choisir l'offre la mieux-disante.

Qu'est-ce qu'une DPGF ?

La DPGF est un tableau dans lequel l'entreprise décompose le prix global de son offre en postes détaillés. Chaque poste indique une désignation, une unité de mesure, une quantité, un prix unitaire HT et un prix total HT. La somme de tous les postes donne le montant forfaitaire du lot.

Le mot « forfaitaire » est important. Dans un marché à prix forfaitaire, l'entreprise s'engage sur un montant global pour un périmètre défini. La DPGF ne change pas ce principe : elle ne transforme pas le forfait en marché à prix unitaires. Elle rend simplement visible la construction du prix.

Pourquoi c'est utile :

  • Comparaison des offres. C'est la seule façon de comparer des offres forfaitaires autrement que par le total. Vous voyez où chaque entreprise met le prix.
  • Situations de travaux. Pendant le chantier, la DPGF sert de base pour calculer les acomptes mensuels (situations). Chaque poste est valorisé au prorata de l'avancement réel.
  • Avenants. Si le périmètre change en cours de chantier, les prix unitaires de la DPGF servent de référence pour chiffrer les travaux supplémentaires ou modificatifs.
  • Analyse des offres anormalement basses. Un total très bas peut cacher des postes sous-évalués que l'entreprise compensera par des avenants. La DPGF rend ces déséquilibres visibles.

Anatomie d'une DPGF

Une DPGF s'organise en niveaux hiérarchiques qui reflètent le découpage technique du lot.

Lot → le périmètre confié à l'entreprise (ex. : lot 03 - Plomberie sanitaire).

Sous-lot → une subdivision fonctionnelle (ex. : 03.1 - Alimentations, 03.2 - Évacuations, 03.3 - Appareils sanitaires).

Poste → une prestation identifiable (ex. : 03.1.1 - Alimentation eau froide cuivre Ø22, 03.1.2 - Alimentation eau chaude cuivre Ø22).

Sous-poste (facultatif) → un détail supplémentaire pour les postes complexes.

Voici un extrait simplifié pour une rénovation d'étage de bureaux :

Réf. Désignation Unité Quantité PU HT Total HT
03.1 Alimentations
03.1.1 Alimentation EF cuivre Ø22 ml 85 38,00 € 3 230,00 €
03.1.2 Alimentation EC cuivre Ø22 ml 62 41,00 € 2 542,00 €
03.1.3 Vanne d'arrêt 3/4" u 12 45,00 € 540,00 €
03.2 Évacuations
03.2.1 Évacuation PVC Ø100 ml 40 32,00 € 1 280,00 €
03.2.2 Siphon de sol inox u 4 120,00 € 480,00 €
03.3 Appareils sanitaires
03.3.1 WC suspendu avec bâti-support u 6 850,00 € 5 100,00 €
03.3.2 Lavabo vasque + robinetterie u 8 420,00 € 3 360,00 €
TOTAL LOT 03 HT 16 532,00 €

Lire une DPGF ligne par ligne

Chaque colonne a son importance.

Désignation. Elle doit être suffisamment précise pour qu'un autre professionnel comprenne la prestation sans ambiguïté. « Cloison » ne suffit pas. « Cloison plaque de plâtre BA13 sur ossature métallique 72/48, h = 2,60 m, isolant laine minérale 45 mm » est une désignation exploitable. Si la désignation est vague, le prix unitaire est invérifiable.

Unité. Les unités courantes sont ml (mètre linéaire), m² (mètre carré), m³ (mètre cube), u (unité), ens (ensemble), fft (forfait). Attention à « fft » et « ens » : ce sont des boîtes noires. Un poste chiffré « au forfait » ne donne pas de prix unitaire exploitable pour les avenants. Plus une DPGF contient de lignes en « fft », moins elle est transparente.

Quantité. En principe, les quantités sont fixées par le maître d'oeuvre dans le CCTP ou le quantitatif joint au DCE. Les entreprises ne sont pas censées les modifier. Si une entreprise change les quantités, c'est soit une erreur, soit un désaccord technique qu'il faut clarifier avant attribution.

Prix unitaire HT. C'est le coeur de l'analyse. Le prix unitaire doit couvrir la fourniture, la pose, les accessoires de mise en oeuvre, et les sujétions normalement prévisibles. Un prix unitaire anormalement bas sur un poste signifie que l'entreprise a peut-être reporté le coût sur un autre poste, ou qu'elle compte sur des avenants.

Prix total HT. Quantité × prix unitaire. Vérifiez systématiquement que le calcul est juste. Les erreurs arithmétiques sont fréquentes, surtout quand la DPGF est remplie manuellement dans un tableur.

Comparer plusieurs DPGF : méthode en 5 étapes

1. Vérifier que le périmètre est identique

Avant de comparer les prix, vérifiez que toutes les entreprises ont chiffré le même périmètre. Comparez la liste des postes : même nombre de lignes, mêmes références, mêmes quantités. Si le maître d'oeuvre a fourni une DPGF vierge (ce qui est recommandé), les postes et quantités devraient être identiques. Si chaque entreprise a rempli sa propre trame, la comparaison sera plus difficile.

2. Repérer les postes manquants ou ajoutés

Un poste présent chez A et absent chez B peut signifier que B l'a oublié, qu'il l'a inclus dans un autre poste, ou qu'il considère que ce n'est pas dans le périmètre. Ne supposez pas : demandez une clarification écrite. Un poste ajouté par une seule entreprise peut signaler un oubli dans le DCE.

3. Normaliser les unités

Si une entreprise chiffre un poste en m² et une autre au forfait, vous ne pouvez pas comparer les prix unitaires. Demandez à l'entreprise qui a chiffré au forfait de détailler en quantité × prix unitaire. La normalisation est indispensable pour une comparaison ligne par ligne.

4. Identifier les offres anormalement basses

Un prix unitaire très inférieur aux autres offres sur un poste quantitativement important est un signal. L'entreprise a peut-être fait une erreur. Ou elle a volontairement sous-chiffré ce poste pour être compétitive, en sachant qu'elle compensera ailleurs. La réglementation des marchés publics prévoit un mécanisme de détection des offres anormalement basses (OAB), mais en marchés privés, c'est à vous de poser la question.

5. Comparer les totaux par lot et par sous-lot

Ne comparez pas seulement le total général. Comparez lot par lot, puis sous-lot par sous-lot. Un total identique peut masquer des répartitions très différentes. L'entreprise A met 60 % du prix sur la fourniture et 40 % sur la pose. L'entreprise B fait l'inverse. En cas d'avenant sur la main-d'oeuvre, vous ne paierez pas le même prix.

Pièges classiques

Postes oubliés. L'entreprise omet un poste du CCTP. Son total est donc plus bas. Si vous attribuez le marché sans vérifier, le poste oublié reviendra sous forme d'avenant, souvent plus cher que si le prix avait été inclus dès le départ.

Quantités modifiées. L'entreprise réduit les quantités par rapport au quantitatif du DCE. Effet : le total baisse artificiellement. Si les quantités réelles correspondent au quantitatif initial, les frais cachés apparaîtront en fin de chantier.

Tout au forfait. Une DPGF où la moitié des postes sont chiffrés « fft » (forfait) perd sa raison d'être. Vous ne pouvez ni comparer les prix unitaires, ni calculer des situations précises, ni chiffrer des avenants sur une base claire. Exigez un détail en quantité × PU pour les postes significatifs.

Sous-traitance non détaillée. Si l'entreprise sous-traite une partie du lot, les postes correspondants doivent tout de même être détaillés dans la DPGF. Un poste « sous-traitance électricité : 35 000 € fft » ne permet aucune analyse.

DPGF, BPU, DQE : quelle différence ?

Ces trois documents se ressemblent mais n'ont pas le même usage.

DPGF (Décomposition de Prix Global et Forfaitaire). Utilisée dans les marchés à prix forfaitaire. L'entreprise décompose son prix global en postes. Le total est fixe (sauf avenant).

BPU (Bordereau de Prix Unitaires). Utilisé dans les marchés à prix unitaires. L'entreprise fournit un prix unitaire par prestation, sans engagement sur les quantités. Le montant final dépend des quantités réellement exécutées.

DQE (Détail Quantitatif Estimatif). C'est le BPU complété par les quantités estimées. Il donne un montant prévisionnel, mais pas un prix ferme. Le DQE sert à comparer les offres dans un marché à prix unitaires, comme la DPGF sert à comparer les offres dans un marché à prix forfaitaire.

FAQ

La DPGF est-elle obligatoire ?

En marchés publics, oui dans la pratique : le Code de la commande publique ne la mentionne pas nommément, mais l'analyse des offres impose de pouvoir comparer les prix poste par poste. La DPGF est l'outil standard pour cela. En marchés privés, rien ne l'impose légalement, mais tout maître d'ouvrage sérieux devrait en exiger une.

Qui rédige la DPGF ?

Le maître d'oeuvre (ou l'économiste de la construction) rédige la DPGF vierge : il fixe les postes, les désignations, les unités et les quantités. Les entreprises la complètent en renseignant les prix unitaires et les totaux. Ce schéma est le plus fiable car toutes les offres partent de la même base.

Peut-on modifier une DPGF après signature du marché ?

Les prix unitaires de la DPGF sont contractuels. Ils ne peuvent pas être modifiés unilatéralement. En revanche, ils peuvent faire l'objet d'une actualisation (si le marché le prévoit et si le délai entre la remise de l'offre et le début des travaux est long) ou d'une révision (indexation en cours d'exécution). Les avenants qui modifient le périmètre peuvent introduire de nouveaux postes ou modifier les quantités, mais les prix unitaires existants restent la référence.

Comment détecter une offre anormalement basse ?

Comparez chaque prix unitaire aux moyennes des autres offres. Un écart de plus de 30 % sur un poste représentant plus de 10 % du total doit déclencher une demande de justification. Vérifiez aussi la cohérence interne : si le prix de la fourniture d'un équipement est inférieur au prix catalogue public, il y a un problème.

J'ai un marché privé, pas de CCTP formel. Dois-je quand même demander une DPGF ?

Oui. Même sans CCTP, vous pouvez fournir un descriptif par poste et demander aux entreprises de chiffrer chaque ligne. Le document n'a pas besoin de s'appeler « DPGF » : un simple tableau avec désignation, unité, quantité, PU et total fait le travail. L'objectif est d'avoir une base de comparaison structurée plutôt que des devis au format libre que vous ne pouvez pas aligner.


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